L’e-sport aux Jeux Olympiques, une mauvaise idée ?

Une image de compétition e-sport prise sur le site de The Kernel
Source : The Kernel

Ceux qui me connaissent le savent déjà, je suis adhérent (et ancien président) d’une association qui anime et organise des événements e-sport en Lorraine, opportunément appelée Lorraine E-Sport. L’e-sport est un sujet qui me passionne, et je suis régulièrement certaines compétitions, notamment sur CS;GO, Rocket League ou encore (de loin) Fortnite, trois jeux sur lesquels j’excelle tout particulièrement.

Depuis quelques mois, les acteurs du jeu vidéo et de l’e-sport en particulier s’activent, en coulisses, pour que le sport électronique soit présent aux Jeux Olympiques de 2024 à Paris. Certains poussent déjà de grands cris d’orfraie, à coup d’arguments parfois franchement répétitifs et démontables en deux minutes, à base de « gnagnagna l’ispor say pa un spor », omettant accessoirement que les échecs n’en sont pas un non plus, mais sont reconnus par le CIO.

En ce qui me concerne, l’arrivée hypothétique de l’e-sport aux JO de 2024 me pose plusieurs problèmes.

L’e-sport en France, pour l’instant c’est encore le zbeul

L’hexagone tente de devenir une terre e-sportive : outils législatifs, structuration autour de France Esports, émergence de compétitions à grande échelle, montée d’un tissu associatif fort, etc. Le problème, c’est qu’il y a encore un long chemin à parcourir : entre ceux qui profitent de l’aubaine pour proposer des trucs pas très clean, ceux qui surestiment tellement le public potentiel et ses attentes qu’ils se lancent à l’aveuglette dans des aventures déjà compromises (coucou Canal +), ou encore les (très) récurrents problèmes d’organisation soulevés sur de gros événements, on est en droit d’être sceptique sur la capacité de la France à être prête pour devenir une vitrine de l’e-sport.

Il y a toujours un problème de reconnaissance auprès des institutions publiques. Localement ou nationalement, se pose toujours la question des référents concernant ces disciplines encore méconnues voire incomprises. En clair, un coup chez Jeunesse et Sports, un coup à la culture, un coup au numérique, etc. De guerre lasse, certaines structures préfèrent directement chercher des sponsors.

Les jeux e-sport en 2018 vs les jeux e-sport en 2024

Je m’étais amusé, pour le compte de Lorraine E-Sport, à un petit exercice de prospective, qui a montré que mes talents divinatoires étaient aussi performants que ceux d’Elizabeth Tessier. Qui pouvait prévoir que 2018 serait l’année de Fortnite ? Qui aurait imaginé que des petits nouveaux contesteraient le leadership de CS, DotA ou LoL ?

Certes, je grossis fortement le trait ; mais qui peut prévoir maintenant ce que sera l’e-sport en 2024 ? Jouera-t-on encore aux figures de proue actuelles, quand CS a tant de mal à se renouveler, ou DotA 2 à percer en France, alors que c’est un poids lourd sur la scène mondiale ? D’ailleurs, envisagerait-on actuellement des JO sans DotA 2, même si en France son absence est remarquable ? Contrairement aux sports traditionnels, on invente des gameplays, des communautés et des formats compétitifs tous les quatre matins. Comment sérieusement préparer un événement aussi colossal quand d’un semestre à l’autre toutes les cartes peuvent être redistribuées ?

Voilà, c’est tout pour cette petite bafouille. On pourrait parler du fait de vouloir à tout prix faire entrer dans le jeu des médias traditionnels des disciplines taillées pour la diffusion web.  On pourrait aussi évoquer la question des valeurs olympiques parfois fort peu compatibles avec certaines attitudes in game.

En tout cas, n’hésitez pas à utiliser l’espace commentaires pour en discuter. Bien évidemment, cet article lance des pistes, ne se veut certainement pas exhaustif et ne prétend à aucune objectivité 😉