« C’est le coeur qui lâche en dernier » : ça commençait bien

Je connais peu Margaret Atwood, en définitive. Ma seule expérience de lecture avec cette autrice – La Servante écarlate – m’a laissé de marbre, malgré un talent indéniable. J’ai trouvé le livre aussi long et ennuyeux que la vie de l’héroïne, et j’ai promptement suspendu ma lecture, pour ne jamais la reprendre. Face aux bonnes critiques de la presse, je me suis décidé à donner une seconde chance, si je puis dire, à l’autrice. Je pourrais d’ailleurs en faire une vidéo avec le nouveau format « 2nde chance » sur ma chaîne Rhapsodies.

Un couple paumé dans une Amérique à la dérive

(Voix de Thierry Ardisson) Alors le pitch, c’est un couple, Stan et Charmaine, qui vivent aux Etats-Unis, dans un monde qui pourrait être le nôtre. Ils sont vraiment en galère et sont obligés de vivre dans leur voiture, crise économique oblige. Ils voient un jour une publicité pour une ville idéale, et décident immédiatement de saisir cette occasion de sortir de leur condition. La ville en question, Consilience, présente des conditions très particulières : un toit, un travail pour tous pendant un mois, puis un autre mois en prison, mais une prison un peu particulière, où ils sont nourris et logés. Bizarrement (ça c’est mon avis personnel), cette utopie un peu spéciale leur convient, un temps du moins. Stan va découvrir dans leurs affaires un mot qui va changer son quotidien monotone et aseptisé.

Une dystopie gnangnan

Je ne dévoile pas tous les éléments de l’intrigue pour vous éviter de divulgâcher l’ensemble, mais pour dire les choses très simplement, il y a du bon et du moins bon dans ce roman. L’idée de Consilience est plutôt bonne, notamment dans son esthétique très rétro, très nostalgique. Je suis plus réservé sur l’idée de base, qui consiste en une alternance de liberté et d’emprisonnement, même si c’est une prison a priori douce, mais globalement, ça marche, et Atwood connaît son affaire. Son style, acéré et moqueur, convient parfaitement ici, et ridiculise avec brio les protagonistes.

Alors quel est le problème ? Sans doute la partie « romance » du livre. A trop vouloir se moquer de Charmaine, notamment, et faire d’elle ce personnage très mièvre et proprement insupportable, c’est toute l’intrigue qui est contaminée. Je passe tout aussi rapidement sur la misère sexuelle de ce brave Stan, qui est parfois franchement gênante et fait même craindre, à la fin du livre, une morale franchement dérangeante, que je ne dévoile pas ici, et qui est de toute façon court-circuitée dans les dernières pages (ouf). Le seul moment très émouvant est dans la prison, quand Charmaine doit faire face à un choix terrible qui, il est vrai, m’a beaucoup secoué.

Globalement, la dystopie efficace et grinçante se transforme, dans sa deuxième partie, en un roman très classique aux enjeux plats, et on attend avec force bâillements les retrouvailles de Stan et Charmaine, après un détour halluciné par Vegas. C’est dommage, car le livre a vraiment tout pour devenir un grand classique, mais si les enjeux amoureux ont toute leur place dans une dystopie, force est de constater que c’est plutôt mal amené dans C’est le coeur qui lâche en dernier. Un des modèles du genre, 1984, arrivait à présenter une histoire d’amour tragique, sans tomber dans la guimauve.

Vraiment dommage, donc. Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?